Chez Michel Revault : la polyculture bio est-elle traditionnelle ?

On associe souvent les mots « polyculture » et « traditionnel ». Pourtant, Michel Revault donne plutôt l’impression d’inventer son équilibre tout particulier : entre héritage familial et bâtiments innovants, entre poulets « cous-nus » et fenouil, entre céréales de la ferme et achat de fourrage, entre production de gros et vente directe aux particuliers. Compte-rendu de cette visite chez un artisan du goût.

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D’un côté, des légumes en gros

Je me suis rendue à Truyes, à la ferme des Renouées, un jour d’octobre doux et gris. Lorsque Michel Revault a ouvert un côté de sa serre, d’un coup de manivelle, j’ai été surprise par la force du parfum anisé qui en a surgi : c’étaient les fenouils, arrivés presque à maturité et s’étendant en rangs serrés jusqu’au fond de la serre.  Certainement des centaines de plantes, avec leur joli panache d’un vert vigoureux.
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A leurs côtés, 600 beaux pieds de poivrons verts. Et un peu plus loin, les restes de sa première année en tomates anciennes, qui l’ont plutôt déçu. Enfin, des semis de mâches qui attendent le repiquage, encore dorlotés sous un voile de forçage. Si l’on ajoute une culture d’ail et d’échalote de plein champ, on peut énumérer ainsi une demi-douzaine de légumes cultivés, dont deux ou trois arriveront à maturité en même temps. Nous sommes loin du maraîchage bio d’AMAP, qui doit s’efforcer de fournir une grande variété de légumes chaque semaine, dans le panier des adhérents. Ici, on pourrait presque parler de production en gros.

Cela fait maintenant deux ans que Michel Revault s’est installé ici, après près de quinze ans dans le commerce du champagne. Il reste fidèle à sa culture du goût : ce qui lui importe, c’est de faire de bons produits. Pour les légumes, il a choisi de livrer le plus gros de sa production à Val Bio Centre, l’association régionale qui livre les 2000 « paniers du Val de Loire » à Orléans et surtout sur de nombreux points de dépôt à Paris. Le fonctionnement présente plusieurs avantages de son point de vue : d’une part, il peut se spécialiser sur certains légumes et chercher d’année en année à s’y perfectionner. Ensuite, il peut livrer de grandes quantités de légumes sans avoir à se déplacer à Blois toutes les semaines. Pour cet été, il proposera des pommes de terre primeurs, des batavias… L’association répartit les légumes, en les combinant avec les productions d’autres maraîchers bio de la région, dans les paniers des abonnés. Elle se charge de la distribution. Deux fois par an, les agriculteurs se réunissent et se mettent d’accord sur leur plan de culture : qui produira quels légumes pour la prochaine saison, en quel quantité et à quel prix. Ainsi, il s’assure de maîtriser sa distribution et peut s’appuyer sur un prévisionnel fiable. 

Pour les habitants d’Indre-et-Loire, il n’y a donc pas grand chose à se mettre sous la dent par ici ! Allons voir un peu plus loin vers ces drôles d’OVNI plantés dans les prés qui jouxtent la serre. 

De l’autre, des poulets de chair

Avez-vous déjà repéré ces bâtiments bizarres en passant sur la route de Truyes à Athée sur Cher ? Avec leur toit vert arrondi et leurs portes basses ouvertes toute la journée, ils ne ressemblent, pour moi, à rien de déjà vu. poulets.jpg

Un plus près…
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Ce sont les petits bâtiments mobiles qui abritent les poulets cous-nus et les pintades. Il n’y a qu’1.3 hectare ici, à proximité de l’habitation (alors que la ferme en compte 35 consacrés aux céréales, un peu plus loin). Pour garder ses volailles sous les yeux, Michel Revault a donc choisi d’optimiser ses prés en déplaçant régulièrement les bâtiments sur les zone où l’herbe aura eu le temps de repousser, pour chaque nouveau lot de poulets. Et surtout, en renouvelant leurs parcours herbeux, il prévient le risque de voir ses volailles contracter une maladie contagieuse éventuelle. Mieux vaut prévenir que guérir, telle est la devise des éleveurs bio. 

Chaque lot est composé de 400 à 700 poulets, arrivés tous ensemble à la ferme à l’âge d’un jour. Un lot arrive toutes les quatre semaines, pour être élevés pendant 90 jours à 120 jours. Si bien que la ferme compte environ 3000 à 3500 poulets en permanence. Sans compter quelques pintades. Les poulets de prédilection de M. Revault, ce sont les cous-nus noirs, une race de sa croissance lente, bien adaptée au label « bio ». Au moment de ma visite, on voyait surtout des cous-nus blancs. Signe que le couvoir n’avait pas tout à fait suivi les instructions de commande de son client, peu influent en comparaison des gros éleveurs intégrés de la filière. 

A quoi ressemble la vie d’un poulet de chair ? Bonne nouvelle : mâle ou femelle, tous les poussins ont le droit de vivre leur (courte) vie. Les poulets cous-nus, contrairement aux gélines de Touraine (dont on élimine les poussins mâles) et aux poules pondeuses bien sûr, sont élevés qu’ils soient mâles (ils seront un peu plus gros) ou femelles. Lorsqu’ils arrivent à l’âge d’un jour à la ferme, ils sont accueillis dans une poussinière chauffée et fermée qui les abritera 35 jours environ. A leur arrivée, la température est portée à 30 ° environ. Elle sera baissée progressivement, jusqu’à ce que tout chauffage soit arrêté. Pendant les 30 premiers jours, les poussins reçoivent un aliment granulé dans lequel les composants ont été broyés très finement.

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Le bâtiment contient deux poussinières, ce qui permet d’élever deux lots de poussins d’âge différent. Dans le deuxième, on trouve donc déjà des poussins plus grands et bien emplumés, dans une atmosphère moins chaude. A partir de l’âge de 30 jours, ils entament leur « transition alimentaire » : c’est la phase pendant laquelle Michel Revault mélange le granulé à son mélange maison, pour les y habituer progressivement.  Ils seront bientôt prêts à rejoindre les parcours extérieurs et leurs bâtiments non chauffés, pour la phase de « croissance-finition ».

Avant de recevoir un nouveau lot, chaque bâtiment est nettoyé au karcher d’eau chaude puis subit un vide sanitaire de quinze jours. Cette précision ne vous paraît peut-être pas très glamour, mais c’est cela permet d’éviter l’utilisation de désinfectants polluants.

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Et plus loin, les céréales

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En agriculture biologique, les éleveurs sont censés garantir un « lien au sol », c’est-à-dire assurer sur leur ferme la production des végétaux nécessaires à l’alimentation des animaux. Même si la législation s’est assouplie pour permettre la coopération entre agriculteurs voisins, c’est bien ce que Michel Revault pratique ici : en dehors des granulés donnés aux poussins et des quelques compléments achetés à des producteurs régionaux, la totalité des céréales et des protéagineux consommés par les poulets est de sa production. 

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Le menu est d’ailleurs l’objet de toutes ses attentions. Il répond à des formulations diététiques impressionnantes pour qui n’est pas du métier. Ce mélange, fraîchement broyé chaque jour, est composé de blé, triticale (« riche en lysine »), pois et féverole, auquel s’ajoute du millet, du sarrasin (« pour la méthionine »).

Et je vous parlais d’un complément acheté à l’extérieur ? Michel Revault a essayé de me le faire deviner à l’odeur familière qui se dégageait du sac. Mmmh. J’ai prétexté un rhume. En réalité, cet aliment était si inattendu pour moi à cet endroit, que je ne pouvais pas le reconnaître. Il s’agissait… de tourteau de sésame ! Ben alors, c’est pas très local, le sésame ? Mais si bien sûr ! Il s’agit d’un résidu de l’huilerie Vigean.

 

Maraîcher, éleveur, céréalier… et sur la route !

Contrairement aux légumes, qui sont destinés à Val Bio Centre, les poulets sont écoulés semaine après semaine à un rythme de 150 à 200 hebdomadairement, auprès de plusieurs clients  gagnés à grand renfort de qualité, de déplacements et d’énergie dépensée. Michel Revault est fier, et on le comprend, de livrer environ 10 % de ses poulets à des restaurateurs réputés. Citons par exemple le Château d’Artigny à Montbazon, le Choiseul à Amboise, le domaine des Hauts de Loire à Onzain… Avoir le retour des professionnels des métiers de bouche sur la qualité et les saveurs de sa production, c’est exigeant et valorisant. 

La majeure partie de sa production est vendue à des particuliers, soit à travers des AMAP (AMAP de Bourgueil et quatre AMAP parisiennes), soit au petit magasin aménagé à la ferme ou encore lors de sa tournée hebdomadaire en camion, avec arrêts à Paris, Montreuil, Orléans et Bourges, où des clients fidèles l’attendent. En Touraine, on peut aussi trouver ses poulets dans les magasins spécialisés (chez Gabriel Monmarché, chez Coop Nature ou chez Biocoop). Entre les allers-retours hebdomadaires à l’abattoir de St Flovier (dans le Sud du département) et ses livraisons, Michel Revault n’a pas peur de la route ! On peine à imaginer son temps de travail hebdomadaire. Mais il aimerait pouvoir progressivement recentrer ses ventes sur la région.

Habitants de Touraine, à bon entendeur salut ! Il suffirait d’un nouveau groupe de particuliers intéressés par un lieu et un horaire régulier convenu d’avance pour que Michel Revault accepte probablement de livrer ce nouveau point de dépôt plus près de chez lui. 

Pour en savoir plus

Poulets prêts à cuire, vendus 8.90 € / kilo à la date de ma visite.

Michel REVAULT  « Les Renouées »
Les Gilleteries
37320 TRUYES
06 98 80 10 12
les.renouees(arobase)gmail.com
http://www.lespaniersduvaldeloire.fr/ProducteursDetail.aspx?id=45

N.B. : article repris et corrigé sur les indications de Michel Revault, le 5 janvier 2010

3 Réponses à “Chez Michel Revault : la polyculture bio est-elle traditionnelle ?”

  1. Cayuela
    18 janvier 2010 à 13:40 #

    Bonjour,

    Je fais partie des clients fidèles et je tiens à confirmer que les poulets « cou noir » que Michel a l’habitude de livrer sont excellents, leur chair est ferme et savoureuse, on peut les réchauffer, ils ne perdent pas leurs qualités pour autant…. ils ressemblent aux poulets que j’avais grand plaisir à manger dans mon enfance.

    Merci Michel.

    Armelle Cayuela (une amie gourmande)

  2. Ozalid
    17 octobre 2014 à 12:34 #

    Un ami invité à notre table a déclaré « Y’a longtemps que j’avais pas mangé un poulet comme ça » ! Et il a fait également allusion aux poulets qu’il mangeait quand il était enfant. Quoi rajouter ? What else ?

  3. Laure
    21 août 2016 à 1:04 #

    J’avais totalement abandonné l’idée de manger du poulet (je leur trouvais un goût bizarre) quand j’ai appris, il y a quelques années, que Michel Revault se lançait dans un élevage bio.
    J’ai essayé et j’ai tout de suite été conquise : ses poulets ont bien le goût des poulets de mon enfance.
    De temps en temps, Michel nous livre, en même temps que ses volailles, des lentilles, des tomates, des aillets, des salades, des haricots verts… : tout, tout est délicieux !
    Bravo Michel !
    Et merci…

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